Stephane IRALOUR

RIDERS
23/02/2016

Comment s'est décidé ce trip?

Dans le cadre de son invitation à participer aux Redchargers, Garrett Mc Namara m'avait fait savoir qu'un swell allait arriver et pouvait être intéressant. J'ai donc décidé le mercredi soir de prendre la route le lendemain direction le Portugal, pour une session le vendredi 13 novembre. J'avais embarqué avec moi Pierre Rollet, un jeune Angloy de 21 ans, qui est pour moi un grand espoir du surf de grosses vagues et du SUP, avec un profil à la Jamie Mitchell. L'idée était de lui permettre de prendre de l'expérience, de se créer un réseau, tout en assurant ma sécurité avec le jet ski en cas de session à la rame plutôt qu'en tow in. Et finalement, il a même décidé au bout d'un moment de tenter le coup à la rame avec mon gun avec un joli wipeout à la clé donc c'était parfait !

Quel était ton état d'esprit avant d'aller à l'eau?

Bien entendu,  c'est un mélange entre excitation et appréhension. Les jours avant une très grosse session, il y a toujours une forme d'attente, un peu longue, qui te fait gamberger: les conditions seront-elles réunies? Tout le matériel est-il au point? Tu mates 300 fois les prévisions météos etc. etc. Mais, en même temps, tu es excité comme un enfant avant Noël, parce que c'est pour ces sessions-là que je vis et m'entraîne dur toute l'année ; c'est une passion très addictive, assez compliquée à décrire. Il y a quelques années, j'avais entendu Laird Hamilton expliquer que lors des périodes sans gros swell, il se sentait comme un chasseur de dragons sans dragons. C'est imagé, bien sûr, mais j'aime assez cette comparaison.

Là, le mélange était encore plus compliqué, car cette fois il était question de découvrir un nouveau spot, et pas le moindre, puisque je n'avais jamais surfé Nazaré... Tellement de choses ont été dites et écrites sur ce spot... Ceux que je connais et qui y ont surfé m'avaient décrit l'endroit comme tellement dangereux que je n'en menais pas large une fois sur la falaise ah ah!

Comment gères-tu ta préparation à terre et sur l’eau? 

Heureusement, j'avais un contact sur place en la personne d'Andrew Cotton, un anglais habitué du spot et proche de Garrett, qui est devenu un ami au fil des années. L'accueil a donc été parfait, Cotty, Hugo Vau (local portugais) et Garrett nous ont donné une tonne de conseils et nous avons été drivés jusqu'à l'arrivée au port dans des conditions idéales. Même là, le dispositif Redchargers était incroyable ; leur crew te met le jet à l'eau, te briefe sur le dispositif de sécurité retenu...bref tout est encadré pour que tu ne te préoccupes que d'une chose: surfer. C'est très agréable.

J'ai été agréablement surpris par le dispositif que les mecs ont mis en place là-bas. Tu as des personnes au bord qui t'aident à retrouver ta planche quand tu la perds, car tu surfes sans leash pour ne pas ralentir le sauvetage en jet ski. Quand tu arrives un peu fatigué sur le sable, c'est quand même agréable. Un dispositif radio permet à tout le monde de communiquer et donc de s'assurer que chacun va bien et que tout le monde surveille tout le monde. Un tracteur est même disponible sur le sable pour t'aider à sortir ton ski si tu le perds et le ramener au port pour ne pas t'empêcher de continuer à rider. Bref, une belle logistique qui se poursuit même dans la couverture médias de la session, Garrett restant de ce côté-là redoutable ah ah!

Qu'est-ce que tu ressens avant la session? Pendant et après?

Dans le meeting d'avant session entre riders, quand nous décidons que ce sera une session à la rame, la pression monte encore d'un cran. Parce que vu d'en haut, les vagues sont toujours un peu écrasées, c'est difficile de juger d'une taille d'un spot que tu ne connais pas. Pour moi, il y avait entre 6 et 8m ; les locaux parlaient de 30 à 50 pieds avec sets à 60, ce qui n'était plus du tout la même chose. Du coup, la perspective de découvrir Nazaré non plus en tow, avec le confort du pilote qui te pose sur les bonnes vagues, mais à la rame, où tu te retrouves seul au peak, ajoutait un peu de piment à la préparation. Bien sûr, et n'en déplaisent à tous ces doux rêveurs qui cherchent à opposer tow in et rame, dans le surf de très grosses vagues, tu as toujours un coéquipier sur un jet ski qui se tient prêt à intervenir en cas de problème. Mais bon, ce n'est quand même pas la même! Face à l'inconnu, pour me rassurer j'ai choisi de prendre un SUP gun, KealiMamala étant chaud pour pagayer avec moi. C'est un F-ONE11' prévu pour Belharra, qui pèse 22 kilos donc tient bien la ligne une fois qu'il est lancé.

Une fois dans l'eau, j'ai choisi de démarrer tranquillement, d'observer comment les autres faisaient avant de me jeter. C'est assez hallucinant de voir d'aussi grosses vagues péter aussi près du bord! Cela a un côté rassurant de te dire que si tu bouffes, tu arrives vite sur la plage, sauf que le courant t'entraînes dans les rochers le long de la falaise... Mais, en même temps tu te poses la question de comment repasser la barre avec le jet, avec un rider couché sur le sled et un gun de 11' d’une vingtaine de kilos... Parce qu'au bord c'est la guerre...

Et puis, il y a un moment où il faut se lancer ; qui arrive très vite car c'est attirant. Au final, je me suis régalé, l'ambiance était incroyable et amicale, les 6/7 surfers à l'eau s'encourageaient mutuellement pour pousser les limites un peu plus loin. Bien sûr partir sur d'aussi grosses vagues à la rame est toujours plus difficile et aléatoire mais en 6h de session, j'ai pu en mettre 3 dans mon panier. Cela a suffi à mon bonheur, d'autant que j'ai eu la chance de ne pas démesurément bouffer!